Partager l'article ! Aconcagua - Le récit !: ACONCAGUA Récit d'expédition du 6 au 25 janvier 2009 Pa ...
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ACONCAGUA
Récit d'expédition du 6 au 25 janvier 2009
Par JAG
1er jour - 6 janvier 2009
Vol Nice > Madrid > Buenos Aires
Après un petit problème de routage de bagage au départ de Nice, le départ est donné, c'est parti pour 14h d'avion pour rejoindre l'hémisphère sud et l'Argentine. Je retrouve le groupe à Madrid,
nous faisons connaissance. L'air sec à 20% de la cabine met déjà les voies respiratoires à rude épreuve, j'aurais dû prendre mon Buff pour me protéger de la climatisation.
Nous arrivons à Buenos Aires vers 22h heure locale. Un correspondant argentin nous attend pour nous mener à l'hôtel San Antonio. A peine une heure plus tard, c'est avec délectation que je
retrouve les draps frais de mon lit pour une nuit.
2ème jour - 7 janvier 2009
Vol Buenos Aires > Mendoza
Je n'ai pas entendu le réveil ce matin, possible que ma montre n'a pas fonctionné. A côté de moi Laurent (« Lulu du 44 ») s'affère déjà à préparer son sac, il est 7h30. Nous
descendons rejoindre les autres pour le petit déjeuner. En attendant le bus qui doit nous mener à l'aéroport, j'en profite pour connecter l'iPod au réseau Wifi de l'hôtel. Donner quelques
nouvelles, cette fois je vais m'y attacher. Jérôme, notre guide de Cervoz, a besoin de se connecter son sur compte Orange pour paramétrer son mobile à l'international. N'aurait-il pas pu prévoir
avant de partir ? Enfin le bus arrive. A l'aéroport nous apprenons la triste nouvelle : notre guide vient de perdre son père, atteint d' Alzheimer, et âgé de 86 ans.
Après une heure de vol, nous atteignons l'ouest du pays et la province de Mendoza. L'aéroport se situe à la périphérie de la ville, trois-quarts d'heure de route sont nécessaires pour rejoindre
Mendoza et l'hôtel Crillon (pas le même standing que son homonyme parisien mais trois étoiles quand même !). Je partage la chambre avec Hervé cette fois. L'après-midi est libre. Nous
organisons un bon resto à deux pas de l'hôtel. Nous sommes dans une des plus grandes régions viticoles du Monde (la huitième pour être exact). La viande de bœuf « le loco » a également
très bonne réputation. Nous allons être servis, le vin comme la viande sont excellents. Après le dessert, j'ai rendez-vous dans un magasin de la ville pour récupérer ma paire de chaussure que
j'utiliserai en altitude (la location est possible depuis la France). Avec Hervé nous essayons nos « coques », pas toutes neuves certe, mais bien entretenues. Le magasin est en fait
spécialisé dans la location de matériel de montagne. On y trouve tout le nécessaire : duvets, doudounes, gants, chaussures, frontales. Bref, il possible de venir avec quasiment rien et de
tout louer sur place. En plus les prix sont plus que compétitifs : 70$ pour nos chaussures (à Paris la Haute Route me proposait plus de 200€ pour la durée de l'expé...).
Je n'ai pas encore complètement récupéré du décalage horaire, je profite de la fin d'après-midi pour récupérer et dormir... finalement je ne vais pas me réveiller et dormir jusqu'au
lendemain.
3ème jour - 8 janvier 2009
Bus Mendoza > Penitentes
Vers 9h le groupe se retrouve pour éditer les permis d'ascension. Le processus est un peu compliqué. Tout d'abord il faut faire le change dollars/pesos, la valeur du permis pour 2009 est de 1500
pesos (environ 500$). Ensuite, il faut aller payer au « Trésor ». Avant cela vous devez avoir compléter une fiche de renseignements qui est disponible à l'office du tourisme au
bureau de la montagne (bureau très orienté sur l'Aconcagua, on comprend vite la manne financière derrière...). Pas la peine de vous pointer au bureau officiel de la ville, les argentins semblent
payer leurs impôts dans une boutique d'appel, où l'on trouve carte de téléphone et autres forfaits. Très curieux, mais cherchez bien le guichet, il est au fond à droite ;-)
Une fois la facture récupérée, il est possible de s'inscrire officiellement au fameux bureau de la montagne. On y trouve un nombre important d'infos sur les restrictions du parc, les cartes (ils
n'en vendent pas cherchez pas, autre petit conseil, il vaut mieux les acheter directement au refuge de la Plaza de Mulas. Elles sont plus détaillées et moins chers...). On y apprend également que
deux contrôles médicaux obligatoires jalonnent le parcours à Confluencia et au Camp de base. Les journaux font les gros titres sur une une cordée italienne qui s'est perdue sur l'Aconcagua entre
le 5 et le 7 janvier. On comprend qu'ils ont été pris par le mauvais temps et se sont perdus. Il y aurait au moins 3 morts dont le guide. Bien ! Ambiance je vous dis. Certains se posent déjà
quelques questions sur leur présence ici. Je me suis préparé à cette éventualité car ce genre d'expédition attire tous types d'individus et surtout pas des montagnards.
Vers 11h, nous partons vers le nord de la ville. Nous croisons les participants du Dakar qui arrivent le même jour à Mendoza, ouf !
Après trois heures de route sur la N7 qui relie Mendoza au Chili, nous arrivons enfin. Ugo, le chef muletier, nous accueille avec le sourire. Il nous informe que chaque animal peut porter 60 kg,
et que quatre mules ont été réservées. Chaque sac devra donc peser moins de 20kg par personne. Nous dormons à Penitentes (6km sous Puente del Inca). Nous profitons de cette dernière soirée pour
nous reposer, petite séance de sauna, douche et lessive. Le repas du soir est copieux. Nous n'abusons pas de la soirée, demain les choses sérieuses commencent.
4ème jour - 9 janvier 2009
Montée à Confluencia 3 300 m (+700 m)
En arrivant à l'entrée du parc, nous rencontrons la cordée italienne, enfin ce qu'il en reste. Deux italiens semblent indemnes mais une de leur camarade a les pieds et les mains bandées suite aux
gelures des deux nuits passées dans la montagne. Bien ! Il va falloir être prudent car ces alpinistes ne semblent pas débutants à en croire leur matériel et l'état de leur veste GoreTex.
Nous réalisons le « check in » à la cabane des gardes du parc, contrôle des passeports, permis, et sac poubelle numéroté pour ramener nos déchets personnels.
A petit rythme nous commençons la marche. Le paysage est magnifique. Nous apercevons dès le bas l'immense face sud de l'Aconcagua. Les lagunes qui bordent le Horcones offrent une multitude de
fleurs qui contrastent avec le sol rouge et les concrétions volcaniques du sol.
Après environ 4 heures de marche sous une chaleur accablante nous atteignons le camp de Confluencia. Des tentes de partout sont là pour la saison et accueillent les différentes agences
d'expédition locales. Les nôtres se trouvent sur le haut du camp. Petite toilette dans le ruisseau, le groupe se crée.
5ème jour - 10 janvier 2009
Acclimatation Confluencia > Plaza francia 4 200 m (+900 m/20 km)
Vers 9h nous partons sous les premiers rayons du soleil vers la Plaza francia. Au départ la marche est organisée, notre guide imprime le rythme. Mais dès la première pause, chacun choisi sa
cadence. « Chacun sa route, chacun son chemin... » Il fait très chaud, environ 30°. Le trajet que nous empruntons suit la moraine de droite du glacier. Les faces qui nous entourent sont
stratifiées, colorées de vert, de bleu et de rouge. On y trouve une variété importante de roche piégée, tel un conglomérat, sur les flancs de la montagne. Les premiers pénitents (pinacles de
glace) apparaissent.
A mi-journée nous arrivons sur un point de vue magnifique qui donne sur l'incroyable face sud de l'Aconcagua, une des plus haute au Monde avec celles du Lhotse et du Nanga Parbat. Difficile
d'imaginer qu'en 1954 une expédition française délivrerait cette face en trois jours tellement elle semble raide et exposée (chute de séracs, goulets).
Après la pause du midi, le groupe se disloque catégoriquement. Ca fanfaronne devant. Est-ce les jambes qui démangent ? Le cul qui gratte ? L'envie de se démarquer ? Arriver le
premier ? Nous avec Paulo (le doc) préférons renoncer à telle course. Qui plus est, marcher pour marcher à cette altitude et sous cette chaleur c'est franchement plus drôle ! On rejoint
Candide (la québéquoise) et attendons le groupe. On voit notre guide revenir en courant, curieux... Y'aurait-il eu un accident ? Non non pas du tout ! C'est juste « pour leur
montrer » qui est le chef... hemm... Curieux ce guide.
Au retour, c'est la visite médicale. Je fais pêter le score de la tension 15/9 et celui de la saturation en oxygène 91% alors que beaucoup oscillent autour de 85%. Guillaume (le triathlète)
souffre de la chaleur et surtout de la déshydratation. C'est vrai que vingt bornes sous le soleil (en courant !) et sans casquette, c'est un peu moyen. Bref !
6ème jour - 11 janvier 2009
Montée Confluencia > Plaza de Mulas 4 370 m/25 km (+1000 m)
Après les contres visites du matin (ma tension est toujours limite), nous nous préparons pour le long voyage vers la Plaza de Mulas. Le rythme est tranquille au début, mais s'accélère rapidement.
Le guide ne fait pas son boulot, il n'imprime pas la cadence. Pas grave, je décide de faire le mien. A l'arrière nous restons avec Hervé et Paulo et ... le guide... bravo ! Les paysages que
nous traversons sont exceptionnels : torrents, cascades, plaines verdoyantes sur fond de pierrier rouge vif, les caravanes de mules dans la poussière et les muletiers... Nous montons
calmement en prenant soin de boire régulièrement mais aussi de faire un maximum de photos et films.
Le chemin est bien marqué, il parcoure en fait l'ancien lit du glacier et longe le Rio Horcones supérieur. A chaque tournant, le paysage change et se transforme pour ressembler de plus en plus à
un chaos de cailloux, de glace et d'eau. Le monde ici est très minéral. Le vent fait le reste. Il forme les pénitents, sculpte la roche, assèche les trekkeurs...On dit ici qu'il rend fou. Depuis
le début je marche avec mon Buff sur la bouche et le nez, il a décidé de souffler dans le mauvais sens : en face ! En fait ce vent est une brise de pente qui a changé de sens vers
10/11h, il est froid, très froid.
Le groupe est maintenant étiré, nous ne voyons plus les premiers depuis longtemps. Beaucoup, malheureusement, montent au delà de leur zone d'endurance et ne se ménagent pas malgré l'altitude
(4000 m). Je marche doucement, prend le temps de respirer à pleins poumons et d'expirer complètement (technique yoga). Je ne ressens aucune fatigue, je prends le temps de m'acclimater. Peu à peu
la pente se raidit, le temps se couvre, j'ai doublé une bonne partie de mon groupe, en train de « payer » leur inaccoutumance à l'hypoxie. J'aperçois pour la première fois le camp de la
Plaza de Mulas. C'est un peu comme un camp lunaire. Il y a des tentes multicolores de partout au milieu d'un sol gris parsemé de glace. Paulo a senti un bon raccourci, je le vois devant pressé
d'en finir. Il rejoint les premiers du groupe qui eux n'ont pas eu le même flaire. Je m'aperçois que j'ai très peu mangé, pas habitué à avoir des bonbons pour barre de céréale. Je m'arrête et
mange un morceau, l'hypoglycémie est évitée. Après 9h de marche, nous apercevons pour la première fois le refuge (pas visible du CB). Pas mécontent d'être arrivée, nous sommes accueillis par le
gardien du refuge Edouardo. Pour nous, il organise la logistique et assure de fournir un assistant guide pour l'ascension. Les jours suivants montreront qu'il fera beaucoup plus. Si vous
souhaitez organiser seul votre expé, vous pourrez passer directement par lui et son agence de trek.
http://www.refugioplazademulas.com.ar/ingles/index.htm
Le confort des chambres est spartiate mais suffisant (chambre de 4 ou 5 personnes) mais on trouve ici tout pour se sentir bien : douche (limitée à 7 mn et oui ca coûte chers la bouteille de
gaz hélitreuillée !), internet (10$ / 15mn), de quoi manger, boire et lire, discuter, découvrir la salle des fanions des dernières expéditions et surtout un point de vue privilégié sur la
voie normale de l'Aconcagua. Allez bonne nuit, j'en peux plus pour aujourd'hui...
7ème jour - 12 janvier 2009
Journée de repos
C'est vrai qu'à cette altitude tout est plus pénible : on réfléchi plus doucement, on s'essouffle vite, on est plus las, bref au début c'est chiant !
Pour cette première journée à 4300 m, le top c'est de commencer par une douche. La dernière date de Pénitentes. Ensuite, il faut prévoir la réserve d'eau. Car pour bien s'acclimater, il est
conseillé de boire entre 4 et 5 litres d'eau par jour. En sorte vous vous asseyez avec un bon bouquin et tous les chapitres vous faites le plein (et la vidange...). Petite sieste de 2 heures.
Dans ma chambre nous adaptons nos crampons sur nos chaussures, comme ça c'est fait !
Puis deuxième contrôle médical, nous passons par quatre dans une guérite. Je lui dit que je n'aime pas du tout les visites médicales, ce qui va expliquer ma tension ultra-haute du moment. Ca le
fait bien rire et me dit que ça ne sert à rien de stresser. Je lui explique que je stresse plus à l'idée de me faire osculter à cette altitude que de monter au sommet. A vrai dire les résultats
sont très bons, ma « sat » est de 91%. Ce qui est excellent à ce niveau de la mer. J'ai le OK médical pour monter. Pour certains, Guillaume, Laurent ou même Jérôme ce n'est pas la
grande forme. Une sat autour de 80%, et surtout des céphalées récalcitrantes leur rappel que la haute montagne fait toujours payer les erreurs de la veille ou de l'avant veille. Pire, le
médecin vient de diagnostiquer à Thierry (prof de sport au Vital Paris) un début d'œdème pulmonaire au poumon droit. Pour lui la contre visite est obligatoire.
8ème jour - 13 janvier 2009
Journée d'acclimatation - Ascension du Cerro Bonete 5 020 m (+700 m)
Les résultats du contrôle médical d'hier sont dans toutes les têtes, il va falloir monter « pole pole » comme on dit en Tanzanie. A défaut d'un guide plus que laxiste avec son job, je
prends les rênes et décide de conduire le groupe à bon rythme. Jérome, lui, galope devant, derrière, en haut pour prendre des photos (je me dis que s'il tient jusqu'en haut comme ça, il est trop
fort !). Julio, le guide argentin qui nous accompagnera et secondera notre Jérôme national est avec nous. Il suit, sans mot dire. Nous faisons un peu plus de 200 m / heure et atteignons le
sommet en 3h.
Photos, p'tit sandwich au pain blanc (un régal complètement dégueulasse...), films vers l'ouest et les Andes voisins. Il fait un temps radieux. Le sommet de l'Aconcagua en face de nous est
majestueux dans toute sa splendeur. Pourvu que nous ayons le même temps !
Jérôme se dévoile, parle de son père disparu, de son goût pour les croyances ésotériques. Il aborde avec sérieux le monde Lémurien... Woula ! On commence à avoir des doutes sur le
« loulou ». Mais qui nous a collé un guide comme ça ?
Après manger, Jérôme accepte que chacun descende seul ou par petit groupe le Bonete jusqu'au refuge... oui bien sûr ... On est à 5 000 m et la preuve n'est plus à faire, il y a dans le
groupe des personnes non acclimatées qui ne connaissent rien à la montagne. Mais non pas de risque selon lui, on peut redescendre seul ou attendre que Monsieur finisse sa sieste au sommet (deux
heures quand même !). J'en ai ma claque je prends la poudre d'escampette, j'en ai assez entendu pour aujourd'hui.
Une heure après, je suis au refuge. Les premiers sont rentrés aussi, heureusement. Je vais tout de suite prendre des nouvelles de Thierry dans la chambre. Elles ne sont pas bonnes, deux médecins
ont confirmés le diagnostic d'œdème pulmonaire, il doit être rapatrié. Malheureusement le vent s'est levé et l'hélico ne peut pas venir avant demain matin. Il doit dormir dans une chambre à part
et sous surveillance « au cas où ».
De mon côté, je me sens de mieux en mieux, le corps surcompense les effets de l'altitude. Physiologiquement nous ne sommes pas égaux, le mien semble mieux accepter le manque d'oxygène. Pour
autant, je reste prudent, je vais continuer à boire beaucoup et me reposer au maximum. Tant mieux demain c'est repos.
9ème jour - 14 janvier 2009
Journée de repos.
Trop content, j'ai pris tout le monde de vitesse et récupéré la connexion internet. J'ai pu envoyer un message à Smoon pour donner des nouvelles, ça doit la rassurer de me savoir en bonne santé.
Je suis ému car elle m'a écrit pour me donner de ses news aussi, ça me fait un bien monstre. Ici tout prend de l'ampleur, même les bonnes nouvelles.
Je résous le problème des cartes postales. Le problème ne réside pas dans le fait de les écrire mais plutôt de les envoyer. Le truc, j'ai oublié l'iPod à Mendoza avec un sac d'affaire, le truc
c'est que toutes les adresses sont à l'intérieur, mer... !
Jérôme vérifie les crampons de tout le monde et entre les coordonnées GPS des camps et de la voie normale « au cas où ».
Il fait un temps magnifique.
Thierry a été rapatrié ce matin à 8h, l'hélico est passé au refuge. D'après quelques uns, il était temps...
10ème jour - 15 janvier 2009
Acclimatation - Montée Plaza de Mulas > Nido de Condores 5 380 m (+1000 m) et redescente
Départ à 9h pour six heures de marche jusqu'au Camp 1 (en fait c'est le camp 2 sur les topos, car il propose une étape à Plaza Canada - 5 000 m). Premier essayage des grosses, le résultats est
stupéfiant pas une ampoule !
La montée est lente et régulière, Julio mène la danse. En 3h nous atteignons Plaza Canada. Nous faisons une halte pour manger. Le groupe se divise en deux, le premier, dirigé par Julio monte lentement, le deuxième aussi monte lentement mais encore moins vite, celui-ci est mené par notre « excellentissime » guide. Guillaume est malade, il est contraint de s'arrêter vers 5 200 m. J'ai à peine mal à la tête, pas de douleur particulière. Le deuxième groupe arrive 30 minutes environ après nous. Nous laissons quelques affaires là-haut dans des sacs pour éviter de trop porter la prochaine fois. Je fais le pari de laisser mes crampons, je croise les doigts pour que ce ne soit pas la tempête. Je laisse également les bouteilles de gaz et les gamelles. Bon évidemment comme je n'ai pas de tête, j'oublie de laisser mes chaufferettes. C'est ma chérie qui aurait bien rigolé si elle avait été là !
En rentrant, la patate, je « sèche » Bernard sur le parvis du refuge. Pas très content de se faire doubler par un p'tit jeune, j'en paie le prix en me faisant littéralement plaquer sur
la porte... Mouaih ! On s'en expliquera au sommet, maintenant on sait qui est arrivé le premier ;-)
Après une bonne douche bien méritée, c'est le dodo avant le repos.
11ème jour - 16 janvier 2009
Journée de repos.
Vive le glandage royal, bullage sans pression, « picolage » de thé sucré, « discutage » de tout de rien, enfin si, surtout de demain...
12ème jour - 17 janvier 2009
Montée au Camp 1 - Nido de Condores 5 380 m (+1000 m)
La surprise aujourd'hui fut de lire sur la petite balance du refuge le poids de nos sacs, Hein Guillaume ? Le poids oscille entre 10 kg (pour mon sac) et plus de 17 kg. Tout le monde
s'affère à penser au derniers détails, essayer de gagner du poids en faisant des compromis (tant pis je ne prendrai qu'un seul caleçon pour les trois jours, ouh le vilain !). Bien sûr il
faut penser que le portage se fera jusqu'à 5 900 m où se situe le Camp 2.
Julio est devant pour imprimer le rythme. Cette pente a un goût de déjà vu, mais la dernière fois il n'y avait pas moins de neige, non ? J'espère juste qu'il ne faudra pas les crampons...
hemm ! Finalement, nous ne mettons pas moins de temps que la dernière fois avec moins de poids sur le dos, à peine 30 minutes de plus. Par contre le temps est désastreux, il neige un espèce
de grésille qui pénètre partout. Le vent balaye la neige par bourrasques et vient perturber notre équilibre fragile. Là-haut, il y a tout à faire, et commencer par monter les tentes. Il faut être
au moins quatre personnes pour tenir et fabriquer notre abris précaire. Pas la peine de chercher les sardines à tente, il n'y en a pas, le sol est trop dur. Il faut utiliser les pierres autour de
nous. Quand enfin la tente est montée, pas le temps de se reposer. Au regard de la température ambiante (-20/-25°C) s'installer dans le duvet permet de retrouver un peu de confort. Ensuite, c'est
l'eau qu'il faut produire car nos organismes en redemandent. On dégage plus d'eau en expirant qu'en transpirant et à cette altitude le phénomène est amplifié par la faible hygrométrie. Notre
guide, complètement défoncé par l'altitude, nous apporte de la neige dans un sac. On va se charger de la suite, le réchaud tourne à plein régime. La neige étant constituée à plus de 60% d'air, le
volume d'eau au final est très faible. Paulo excelle dans cet exercice. A lui seul il va produire toute l'eau pour Thierry et moi, beau boulot vieux ! Quand Jérôme revient, c'est pour nous
présenter le repas du soir (à préparer bien sûr !), au menu viande de grison et purée en flocons... Là je craque ! « Mais c'est quoi ça ? » « Où sont les
lyophilisés ? » Notre super guide, pas très content de l'altercation, me répond que cela ne pose pas de problème. Je lui réponds que c'est inadmissible de se croire au camping à 5400 m,
sans blague ! Bref, je ne mange presque pas, me force à goûter la purée plus que dégueulasse (mes compères de tente ont quand même fait l'effort de cuisiner ce met sublime). Mon seul souhait
est de dormir, et le plus vite possible. Je me fais réveiller à je ne sais pas quelle heure par Edouardo qui est de la partie pour l'ascension au regard des performances de notre guide français.
« Contrôle de sat' », j'y crois pas ! Mon niveau a bien baissé, l'appareil affiche 85% pour une FC de 108. Le message de mon organisme est clair : il faut récupérer. Un p'tit
Stilnox et hop ! gros dodo.
13ème jour - 18 janvier 2009
Montée au Camp 2 - Berlin 5900 m (+500 m)
Le réveil est tardif, et c'est tant mieux : 10h30. J'ai super bien dormi. Il fait un temps magnifique. Une congère de 40 cm s'est formée autour de la tente depuis la veille. Il faut
faire les sacs et démonter les tentes car une perturbation est attendue dans l'après-midi. La température est clémente -5°C environ. On doit attendre un porteur qui tarde à arriver et qui doit
nous apporter quelques victuailles pour le midi. On attendra plus d'une heure au froid assis sur une pierre. Mouaih, le fameux pain blanc ne fait pas l'effet escompté à cette altitude (ni les
bonbons d'ailleurs). Mais cela fera l'affaire à défaut de mieux. D'ailleurs nous n'avons pas de barres céréales, enfin seulement si vous avez pensé le coup avant de partir... Il m'en reste
quatre.
Cette fois, il faut ajouter le reste du matériel déposé lors de la première rotation ce qui alourdit les sacs déjà bien lourds. Nous montons péniblement, le temps s'est très vite dégradé. La
visibilité est très faible 15/20 mètres maximum, le vent est heureusement coupé par la pente et le relief. Nous nous suivons malgré tout, le groupe avance à des rythmes bien différents. Avec
Julio et Edouardo, nous atteignons Berlin. Plus de nouvelles des autres loin derrière. Nous avons mis 3 heures pour monter. Je commence à monter les tentes avec les guides. Les gestes sont lents,
pénibles, le fait se s'accroupir pour saisir les pierres essouffle beaucoup. Malgré tout les tentes se montent, au bout de la deuxième, Julio me demande de rentrer à l'abri dans l'une d'elle et
de me reposer. Je m'exécute, étale mon tapis de sol, enlève mes chaussures et me plonge dans mon duvet douillet. Je garde la doudoune, il fait froid. Après 30 ou 40 minutes, j'entends Paulo et
Thierry qui appellent pour trouver la tente. Je les accueille dans notre « home sweet home » pour deux nuits. Ils me racontent qu'ils se sont perdus avec Jérôme. Ils sont montés un peu
plus haut à un autre camp, le guide a pourtant sorti son GPS, mais malheureusement n'a entré que deux points. « Il y a une multitude de chemins qui passent par deux points » me répond
ironiquement Paulo. Il a crié le nom des guides argentins et c'est Edouardo qui les a retrouvé. Hemm... qui n'a pas encore compris que notre guide est un vrai boulet ? Parmi les membres de
l'expédition, personne n'en doute.
Et là rebelote ! Même topo que la veille, on nous apporte de la purée et du grison, put... Je n'ai plus la force de me plaindre, je mange les restes de barres et quelques gâteaux. Aucun
sucre lent dans le sang, j'espère que ma réserve de lipide va servir à combler le manque. Dehors c'est la tempête, il neige à gros flocons, la température a bien baissé. Cette fois c'est Thierry
qui se colle à la fonte de la neige (mon cas désespéré pour faire fondre la neige est compensé par mon aptitude à monter la tente à haute altitude...). Heureusement, Julio nous aide dans cette
rude tâche et nous apporte quelques centilitres supplémentaires afin de remplir nos Thermos et gourdes. Après ce festin, il est temps de se coucher car le lever est prévu à 4h du matin.
Stilnox et gros dodo vers 20h.
14ème jour - 19 janvier 2009
Ascension du Cerro Aconcagua 6 962 m (+1000 m)
Je ne comprends pas pourquoi mais le réveil est dur, surtout qu'il est prévu une heure plus tôt, tiens donc ! Tout d'un coup il faut se mettre en action. Pour bien se représenter, il faut
visualiser un paresseux dans un arbre qui évolue à son habitude, très len-te-ment. Et bien nous, on a été un moment ce paresseux. C'est fou ce que le temps passe vite du coup ! Bref, après
avoir lutté tant bien que mal pour faire chauffer de l'eau et boire un petit thé, grignoter quelques gâteaux. Les quelques frontales dehors amènent leur lueur, on entend les souffles sourds se
poser à chaque mouvement. Il faut mettre les crampons, quel labeur ! A 5h20 tout le monde est prêt. Il aura fallu environ deux heures pour que tout le groupe finisse par se préparer.
Nous partons, Jérôme mène la danse. Les premiers mètres sont techniques, il faut passer un petit ressaut rocheux, les crampons grincent. Le rythme est lent, mais tout le monde suit. A la première
épaule, nous faisons la première pause, nous sommes à 6000 m. La lueur du jour apparaît, nous reprenons notre ascension. Nous rejoignons la traversée qui vient de la Plaza Argentina, beaucoup de
cordées se succèdent ce matin. Julio me dit qu'il a rarement vu autant de monde. Nous montons vers l'épaule du camp Independencia à 6100 m. Julio et Edouardo : « c'est la
pause ! ». A ce niveau, nous attendons les autres loin derrière déjà. Tout d'un coup la radio parle, c'est Jérôme, il doit renoncer, il souffre d'un MAM et est très malade, il récupère
Laurent et Thierry. Paulo arrive à son tour, il accélère à son arrivée à nos côtés. Puis c'est le tour de Guillaume, très affaibli, qui s'appuie sur ses bâtons. Finalement, il s'avère qu'il
souffre également d'un mal aigu des montagne, il vomit. La décision est claire, il doit redescendre.
Après 20 minutes de pause nous repartons. Au bout d'une demi-heure de marche, Evelyne ne va pas bien du tout, elle vacille et tombe à plusieurs reprises dans la neige. Le guide s'en rend compte,
elle doit immédiatement redescendre à son tour car elle présente les premiers symptômes d'un œdème cérébral. Christian, son mari, l'accompagne. Ils mettront plus de 4 heures à retrouver
Berlin.
Nous atteignons le col du vent. Heureusement aujourd'hui il ne porte pas bien son nom, le vent est quasi nul. Nous sommes à 6 300 m, la grande traversée se présente à nous. Le chemin est droit
mais pénible. Je monte comme je peux. Je suis les pas de Julio. Pour un pas en avant, je m'arrête une seconde, puis je fais un second pas, m'arrête à nouveau. A cette altitude tout est long, même
réfléchir nécessite un effort. Je m'efforce de ne pas regarder devant, mais toujours curieux j'ai toujours les yeux vers le haut, c'est démoralisant. On avance pas, enfin si, mais à quelle
rythme ! J'essaye de penser à autre chose à Smoon et combien je serai heureux de la serrer contre moi quand je rentrerai. Pour je ne sais quel raison, je pense à Michel Desjoyaux et à son
Vendée Globe, à sa remontée, parti dernier et maintenant en tête de la course...
La Canaletta pointe son nez, « mon Dieu que c'est haut ! ». Au pied nous retrouvons un groupe d'anglais, exténués. Nous attendons tout le monde. Je me repose, mange un Balisto©,
mais mon estomac me dit que ce n'est pas du tout une bonne idée. Je bois mon thé chaud et sucré, c'est fou ce que ça me fait du bien. Je vois Hervé et Bernard qui arrivent. Paulo est plus bas
avec Edouardo, il avance péniblement, mais il est toujours dans la course, courageux le vosgien...
Tout le monde est bien là, chacun observe ce dernier ressaut qui nous sépare du sommet, de notre sommet. Il reste 200 m de dénivelé. Nous repartons, Julio me dit que cette dernière partie est
plus dure psychologiquement que physiquement. Un moyen sûr de motiver, mais je sais aussi que plus nous montons, plus l'oxygène est rare. Je sais que cette montée est un combat avec soi même,
qu'il ne faut pas exploser, rester concentré et patient. Nous montons et je suis incroyablement bien, même mieux que sous la Canaletta. Nous montons même mieux maintenant, nous croisons des
personnes qui redescendent la banane aux lèvres. Je le veux...
A 14h15 nous atteignons le sommet avec Julio, nous fondons en larme. C'est tellement intense, une satisfaction infinie, un grand bonheur. C'est très difficile de traduire ce que l'on ressent
là-haut. Nous nous dirigeons vers la petite croix du sommet. C'est le moment de mitrailler de photos l'événement. Malheureusement, le temps s'est couvert, la face sud se dégage de temps à autre.
Nous attendons les autres, Hervé arrive, puis Bernard, et enfin Paul précédé de Edouardo. Entre mon arrivée et celle de Paul, il s'est passé plus d'une heure. Tout le monde est heureux d'avoir
réussi. Nous en profitons pour faire quelques films et de la pub pour un produit énergétique. La tradition veut que l'on récupère un caillou pour ceux que l'on aime. Le mien, je ne le trouve pas
très loin du sommet, un parallélépipède de couleur rouge.
Il est temps de redescendre, le temps se gatte. Bien groupé, nous entamons la descente. En passant au col, nous passons la tête vers la face sud, c'est impressionnant ! 2500 m nous séparent
du sol, le glacier est loin en bas. La voie Messner qui débouche à ce col est une directe de la face, je reste stupéfait par l'ampleur de l'exploit. Hervé montre des signes de fatigue, il vacille
souvent et à plusieurs reprises manque de basculer dans la pente. Il n'a pas une grande expérience de la marche avec crampon et pour couronner le tout, il est à bout de force. Ce qui devait
arriver arrive, il se prend les pieds dans les lanières de ses crampons et part la tête la première dans la pente. Spontanément je cris, Julio, devant, se retourne et le rattrape de justesse par
le pied. Je cours dans la pente pour récupérer ses bâtons. Il est sain et sauf mais un peu secoué. Nous sommes maintenant pris par les nuages qui s'épaississent, le brouillard qu'ils forment
permet une visibilité au mieux de 25/30 m. Nous mettons les masques de ski pour avoir un meilleur contraste du terrain. Nous restons vigilant car Hervé ne va pas bien du tout. Nous faisons une
petite pause, récupérons quelques affaires au pied de la Canaletta et abordons la redescente de la traversée vers le col du vent.
Sous Independencia, Hervé craque. Il est à bout, il subit de plein fouet les effets du MAM. Plus aucune énergie pour redescendre, nous sommes obligé d'utiliser le Célestène. Mais personne ne se
sent de lui injecter, nous lui administrons par voie buccale le corticoïde. Edouardo récupère le sac à dos de Hervé, Julio et moi le portons sur plusieurs mètres. Il est incapable d'avancer.
Après une bonne demi-heure, nous lui administrons une deuxième dose. J'en peux plus de le porter, Edouardo prend le relais. Après quelques minutes, Hervé se sent mieux. Il peut continuer seul
avec ses bâtons. Nous descendons maintenant vers Berlin, le temps est très couvert, et il commence à neiger. On aperçoit enfin les premières tentes.
Je retrouve Evelyne et Christian qui sont dans leur tente. Ils sont eux aussi content de nous entendre. Evelyne est très fatiguée. Les autres arrivent quelques minutes plus tard. Je suis exténué
mais heureux d'être là. Je retrouve les canadiens de Vancouver qui sont montés le même jour. Ils me demandent les conditions là-haut. Je leur réponds que les conditions météo pour le lendemain ne
sont pas très bonnes, avec des précipitations dès le début d'après-midi. J'avais récupéré l'info auprès de Julio le matin même.
Je rentre dans la tente, Thierry nous a laissé sa couverture de survie avant de redescendre au refuge ce midi. La fatigue n'aide pas, je n'ai pas la force de démarrer le réchaud pour me faire de
l'eau, heureusement Julio m'en apporte dans un Thermos. C'est trop bon ! Entre temps Paulo est arrivé, on se raconte cette ascension, les détails fusent : la montée, les premiers
abandons, l'hypoxie, « tu as vu l'anglais mort sous le sommet ? », Hervé qui est passé à deux doigts de la morts (deux fois !), la redescente sous le mauvais temps, le bonheur
d'être là, ensemble. Je suis content d'être avec Paulo, on a le même caractère, on se comprend. Intérieurement, nous sommes satisfaits d'avoir fait quelque chose de grand. On ne le dit pas, mais
c'est derrière chacune de nos phrases. On a le cœur léger, on profite de ce petit moment de gloire, le nôtre, cette aventure partagée, à jamais.
15ème jour - 20 janvier 2009
Redescente au CB 4 370 m (-1 500 m)
Vers 10h, il faut plier le camp. Démonter les tentes, faire les sacs et se préparer pour descendre. J'ai très mal dormi cette nuit. Le départ des canadiens à 4h du matin m'a réveillé. Je n'ai pas
réussi à m'endormir ensuite. Je n'ai pas faim, pas soif, envie de rien, si seulement une chose : redescendre. Il fait un temps magnifique ce matin, mais la température a sévèrement baissé.
Je sais que c'est l'hydratation qui me manque le plus, car j'ai très peu bu la veille. Paulo assure et fait pour moi le reste, il pliera la tente presque tout seul avec Julio.
Nous en profitons pour faire des photos, finalement nous n'avons pas vu Berlin depuis notre arrivée puisque le temps était trop couvert. D'ici le paysage est époustouflant, on voit toutes les
montagnes des alentours et Nido tout en bas.
Le temps se couvre vite, nous descendons. Nous empruntons les raccourcis qui coupent le chemin de montée. En à peine une heure nous arrivons à Nido, sous la neige, c'est pire qu'il y a deux
jours ! Le temps se dégage à nouveau. Je dois boire, je demande aux guides s'il est possible de faire le plein de thé. Julio très gentillement va me chercher à boire auprès du garde au poste
de secours avancé.
Ensuite, sans crampon aux pieds, le pas est plus léger. Avec Paulo on se fait plaisir à la descente, un pierrier énorme sur plus de 600 m de dénivelé nous permet de courir et d'alléger nos genoux
du sac beaucoup trop lourd. Après les derniers pénitents qui bordent le CB, nous attendons le groupe : Evelyne, Christian, Hervé, Bernard, Edouardo et Julio. On se voit déjà dans la douche,
cela fait maintenant quatre jours que l'on ne s'est pas lavé. Groupé nous arrivons au refuge. Thierry nous attend avec Candide. Nous commandons une bonne bière, puis une deuxième et un énorme
Hamburger chacun.
L'ataraxie de la douche et la bienfaisance qu'elle apporte : chaleur, réconfort et une aubaine. C'est après des moments pareils que l'on apprécie le plus les choses simples de la vie.
Il paraît que Jérôme est parti avec Guillaume et Laurent faire une course en montagne, là-bas pas très loin de la limite du parc. On entend dans la radio les gardes qui se demandent qui sont ces
personnes.
Nous nous étonnons du comportement de notre guide, hier « malade comme un chien », et aujourd'hui de nouveau en forme pour « encadrer » deux personnes vers un sommet inconnu.
Curieux. En rentrant, c'est presque si leur épopée ne nous piquait pas la vedette, « c'était génial ! », « des pénitents énormes !», « j'ai motivé Jérôme à
continuer » nous dit Guillaume. Ok les gars, c'est bien beau tout ça, mais les héros du soir c'est nous. D'ailleurs Edouardo ne l'a pas oublié, il nous apporte deux bouteilles de Champagne
argentins que nous partageons avec l'attablée. En conclusion, le gardien du refuge annonce qu'il a réservé les mules pour demain matin. Ca me va à merveille. Ceci signifie que nous allons pouvoir
passer plus de temps à Mendoza et découvrir un autre visage de l'Argentine. C'est dans le regard des autres que l'on voit si l'on a fait quelque chose de grand. Les personnes présentes ce soir
là, nous ont regardé avec envie, envie de vivre la même chose, envie d'avoir les yeux qui brillent tel que les nôtres, envie aussi de se faire payer le champagne (et il peuvent car il est
succulant).
A 22h30, il fait sommeil.
16ème jour - 21 janvier 2009
Redescente a Puente del Inca 2700 m/38 km (-1 800 m)
Check-out, « sac à caca » donné, nous vivons nos derniers moments au camp de base. Les mules arrivent chargées pour une nouvelle rotation. La descente va être longue. Le groupe est très
étiré dès le début, Thierry part en tête, on ne le reverra plus jusqu'à l'arrivée. Dommage on avait un cadeau pour toi ! Bonne anniversaire quand même...
Le temps est couvert, voire pluvieux, tant mieux nous aurons moins chaud pour cette journée un peu pénible.
Nous arrivons à Confluencia, petit passage obligé pour se réhydrater. Après quelques gâteaux et un bon thé, nous repartons, Adios señorita !
Le rythme est donné, rapide, vif dans les passages rocheux, les quelques faux plats ne se ressentent même pas. Après environ 9h de marche nous rejoignons Puente del Inca.
Deuxième check-out auprès des gardes du parc, c'est fini ! Ugo nous attend avec son 4x4 rouge. Je retrouve un guide français rencontré sous Independencia le jour de l'ascension. Il connaît
Greg, le guide avec qui j'encadre de temps en temps pour le compte de la fédé. Le monde est petit.
Viva la mula perdue dans la montagne. Cela fait plus d'une heure que nous attendons les sacs de Evelyne et Candide, tous deux sur le dos d'une mule perdue dans la vallée... Problème, personne ne
sait où est passé l'animal et nous devons partir ce soir pour Mendoza, le bus privé nous attend. Après quelques discussions portant sur les éventualités : devons nous partir tout de suite,
attendre ici ce soir. Une lueur d'espoir apparaît au loin dans la poussière, la mule manquante ! Tant mieux, cela évitera à Jérôme de prendre une décision ...
Nous partons enfin pour Mendoza, la route est calme, beaucoup dorment (moi le premier). Après trois heures de route, nous arrivons à l'hôtel Crillon dans lequel nous avions dormi à l'aller.
Je partage la chambre avec Paulo, petite douche rapide et direction la réception où nous avons rendez vous avec Hervé et Guillaume. Direction le resto le plus proche pour manger un vrai repas.
Soir de match, la rue est très animée. Nous ne trainerons pas ce soir là, la fatigue rattrapant tout le monde.
17ème jour - 22 janvier 2009
Mendoza
Le réveil est super dur. J'ai rendez vous à 10h avec Julio qui a un cadeau pour moi. Un magnifique couteau de gaucho gravé à mon nom, c'est la consécration ! Je profite de la matinée
pour envoyer un mail à tout le monde et annoncer la bonne nouvelle : l'Aconcagua a été vaincu.
Je retrouve Paulo, Hervé et Guillaume (qui doit partir faire du raft). Le reste de la journée est consacré à rendre les chaussures de montagne, à trouver un lieu pour se faire masser, à visiter
la ville, manger une bonne glace, boire, discuter.
A 19h nous avons rendez-vous dans un spa pour une séance de massage. Une heure de bonheur, je m'endors sur la table.
En revenant vers l'hôtel nous retrouvons Thierry et Bernard dans un très stylé restaurant. Il fait bon à cette heure. Nous apprécions la viande locale, excellente, le vin est de tout premier
choix (forcément !). Un sommelier vous aide à choisir celui qui accompagnera le mieux notre menu. Nous y arrosons nos anniversaires (Thierry et moi), le sommet, nous avons le choix de la
boisson, un peu trop pour Paulo... L'alcool a eu raison de lui... Nous finissons la soirée dans l'avenue Aristides Villanueva, espèce de rue St Michel (ndlr : « rue de la soif » à
Rennes), des bars qui se suivent sur toute la rue, une foule pas possible, l'ambiance version espagnole. Truc incroyable, on retrouve le groupe de canadien qui rentre à peine, encore habillés de
leur pantalon de rando. Seule une personne de leur groupe a atteint le sommet (sur 6). La soirée se termine dans un autre bar, il est 3h30 du mat', il est temps de rentrer se coucher, demain on
part pour Buenos Aires.
18ème jour - 23 janvier 2009
Mendoza > Buenos Aires
Grasse matinée, enfin jusqu'à 10h30 pas plus car les femmes de chambre s'impatientent. Il faut boucler 140L d'affaire en tout genre, c'est curieux, ça ne rentre pas exactement comme à
l'aller.
Dernier tour dans la ville, nous retrouvons Julio à midi pour aller manger. Le restaurant consiste en un buffet géant où l'on paye l'entrée et les boissons, pour le reste c'est à volonté. Pas
possible de tout goûter, il y a trop de stands : salades, chinois, japonais, accras, grillades, wok, glaces maison, fruits, desserts en tout genre... On va en avoir pour notre argent. On
ressort 2h30 plus tard rond comme des baleines. Je m'échappe pour digérer un peu, flâne et hume une dernière fois les rues de Mendoza. Cette ville est paisible, les arbres bordent toutes les
rues, les parcs animent la ville, les marchands, les artisans étalent leurs travaux. La chaleur clémente ressource. Je savoure ces moments là. Ils contrastent avec ceux que nous venons de
vivre là-haut.
A 20h30, c'est le départ vers l'aéroport. Enregistrement, taxe d'aéroport, nous sommes fin prêt à quitter l'ouest du pays.
Nous arrivons vers 23h à l'hôtel San Antonio.
19ème jour - 24 janvier 2009
Buenos Aires > Madrid
Visite de la ville de Buenos Aires, direction le quartier populaire de la Boca Caminito, le plus bohème de Buenos Aires (et aussi malheureusement le plus dangereux). C'est le quartier du Club
Atletico Boca Juniors, fondé par Marado (Maradona !). Il nous dévoile ses maisons colorées. Ce quartier populaire et attachant est le lieu où s'établirent les nouveaux immigrants, dans des
maisons de fortune en tôles. Le tango argentin y serait né. Aujourd'hui très pauvre, ce quartier est partiellement restauré, particulièrement autour du Caminito, et forme un petit Montmartre où
viennent les artistes de rue. Nous y retrouvons quelques personnes du groupe pour midi. Restaurant, tango, chaleur intense, nous sommes dans l'ambiance.
Vers 16h nous trouvons un taxi (peu frauduleux celui là, la réputation de ceux-ci est très mauvaise à Buenos Aires). Il nous mène au mall de Buenos Aires, Le Mercado de Abasto qui fut dessiné par
José Luis Delpini. L'intérieur est tout simplement superbe, c'est un chef d'œuvre d'architecture et les peintures intérieures n'ont leur égal qu'à la chapelle Sixtine du Vatican. Pour le reste
tout est occidentalisé, pas l'impression de se trouver à 11 000 km de la France.
18h tout le monde dans le bus et direction l'aéroport, direction l'Europe.
20ème jour - 25 janvier 2009
Madrid > Nice
Je quitte Paulo et Thierry qui attendent avec moi l'embarquement de mon avion. Il est temps de partir, on en a des souvenirs, des anecdotes à raconter. Peut-être à la prochaine fois qui sait mais
pas Terre d'Av' cette fois ! A bientôt les amis ;-)
18h, j'en ai rêvé pendant des jours, je peux serrer ma chérie dans mes bras, je suis ravi d'être rentré. Elle m'a préparé un repas d'anniversaire, on boit à notre santé, à cet exploit, à nous
tout simplement.
*******************
Par dessus tout, ce voyage magnifique est une expérience hors norme, par les paysages parcourus, les rencontres des argentins et des personnes présentes au refuge, l'ambiance du groupe, l'ascension exigeante de l'Aconcagua, l'expérience de la très-haute altitude. Cette expédition laissera une trace sur ma manière d'appréhender la montagne, des amitiés que j'espère longues et fructueuses, une envie de repartir, forcément...
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